Lucas
Pialot
Mardyck, le village qui ne veut pas mourir
Il semble posé là, presque par erreur. Pourtant, il était déjà là au temps de l’Empire romain, bien avant Versalis, Imerys, ArcelorMittal et Total. À 13 km de Dunkerque, ces usines classées Seveso haut risque industriel ont progressivement encerclé à partir des années 1960 Mardyck et ses 300 habitants. Promesse de richesse et d’emploi, ces industries sont devenues les principales actrices de la disparition du village.
Industrie chimique, activité minière, fabrication de plastique, le petit village est exposé à toutes les catastrophes industrielles : incendies, explosions et nuages toxiques. Grâce aux taxes professionnelles versées par les usines, il fut un temps l’un des villages le plus riche de France mais en 1980 Dunkerque flaira la bonne affaire et le rattacha à sa communauté urbaine. Un gros trou dans les finances du village. Depuis 2000, ce dernier a perdu un tiers de sa population, conséquence du plan de sécurité post-AZF qui a entraîné de multiples expropriations des maisons situées trop proches des usines. Si bien que le pourtour du village s’est changé en ville fantôme. Dix ans après la disparition de l'école faute d’élèves, c’est en février 2023 que le dernier commerce, le Pub Mardyckois, ferme. Quelques mois plus tard, ce fut le tour de la piscine municipale jugée trop coûteuse par la mairie de Dunkerque.
L’illusion est finalement retombée. Les usines de Mardyck sont devenues les principales actrices de sa disparition et le village est devenu un symbole des laissés-pour-compte de la reconquête industrielle française proposée par Emmanuel Macron depuis son premier quinquennat et dont Dunkerque est le fer de lance.
Cette série a reçu la mention spéciale du jury de la bourse Laurent Troude 2024.














